Aujourd'hui, point de sujets sur la création d'entreprise ou de soulevage de fontes (à force vous allez croire que je suis un entrepreneur super musclé, alors que je ne suis de loin ni l'un ni l'autre). Aujourd'hui j'ai envie de parler à coeur ouvert.
Ceux qui me connaissent savent que j'ai deux facettes. L'une c'est de faire une boîte et d'être enfin autonome... ne dépendre que de moi, bosser pour moi, arrêter de travailler dans des grosses boites où l'humain est quasiment toujours oublié, arrêter d'essayer de se faire une place au soleil parmi des loups. Prendre en main son destin, être le seul responsable de sa réussite ou de son échec. Se lever et décider de faire les choses autrement. Et ensuite récolter les fruits de son propre labeur (si possible de bons gros fruits bien sucrés). Des fois je pense que je serais plus heureux à faire mon pain et à le vendre au marché, que d'accumuler des titres dans une société. En passant, hier j'ai été promu (déjà) : mon titre s'allonge et j'ai maintenant une nouvelle responsabilité. Mais c'est tellement inutile, tout ca. Cette facette là, je ne l'ai que depuis 3 ans et demi (depuis que j'ai fini mon DESS, en fait).
La deuxième facette, je l'ai depuis beaucoup plus longtemps. Depuis 99, à peu près. Ou peut être encore avant, quand, me retrouvant assis sur une terasse à Conakry, Guinée, admirant l'océan un soir d'avril, je me promettais que je devrais voir le plus de choses possibles dans ma vie. Ou peut être encore avant, en 93, quand, à Bamako, je regardais la map monde du père de mon meilleur ami pour la vie de l'époque, où il avait épinglé toutes les destinations où il avait été. Il y avait des repères partout, sur tous les continents, et des photos de toutes ces aventures, dont du quad en Australie. Et la plus grosse claque émotionnelle que je me prenais quelques mois plus tard, à la sortie du film La Plage, qui correspondait exactement à ce que je recherchais : un jeune qui se barrait, en quêtes de découverte et d'aventure, dans une grande insouciance. "Never resist the unfamiliar. Never fail to be polite. Just keep your mind open and suck in the experience. And if it hurts, you know what... it was totally worth it". Je me souviens encore en parler à ma chère soeur, en revenant d'une ballade dans les Vosges, lui annoncant que je partirais dans quelques mois vers l'inconnu. C'est ce genre d'envie en moi, plus forte que tout, plus forte que mes sentiments même, qui m'ont poussé à partir en Angleterre sur un coup de tête, laissant ma chérie ("Hey, je pars en Angleterre dans 3 mois pour 2 ans". Douche froide assurée !).
Voyages, donc, voyages encore et toujours. Est-ce une fuite ? Oui, sûrement. Fuite de quoi ? Aucune idée. Mais tout est pousssé par l'envie de ne pas avoir une vie "comme les autres". Une vie différente des autres. Vivre à 100 à l'heure, sans vraiment penser à demain. Une vie sans prévoir où on sera dans 10 ans, dans 5 ans, dans 2 ans ou le mois prochain. Juste vivre. J'ai envie d'aventures, de découvertes, j'ai envie d'écouter la musique qui me fait pleurer devant les beaux paysages de la Terre. J'ai envie de visiter le monde et de ne jamais m'arrêter. J'ai envie de tout connaître, de tout essayer sans préjugé et d'être ouvert à toute culture, tradition ou religion. Je fantasme souvent sur l'idée très prétentieuse d'être citoyen du monde, c'est à dire ne pas être catalogué comme étant Francais, allemand ou chinois, mais de faire parti d'un tout, simplement. Oui, j'aime la France. Oui j'adore ces paysages, sa culture, sa nourriture, sa douceur de vivre (même si aujourd'hui c'est plus vraiment ca), son système de santé,... je sais que j'y reviendrais toujours, que ce sera toujours finalement l'endroit de "mes repères", même si je n'en ai pas vraiment, des répères. A bouger trop souvent, on ne sait plus vraiment d'où on vient. Mais je sais que je n'aurais pas de répit tant que je n'aurais pas trouvé la paix, le truc où tu te dis "wow, c'est là que je me sens bien, c'est là que je veux passer plus d'un an". Sensation qui n'est pas encore arrivé. Sensation qui n'arrivera peut être jamais ? Aucune idée mais l'avenir sera tellement beau. C'est sûr.
Qu'est ce qui gagnera ? La première ou la deuxième facette ? Ou vais je rester et faire une belle carrière à Montréal ? On se pose rarement pour se poser les bonnes questions.
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